• La débauche du samedi…Version Métal…

    Posted by Louis Olivier Brassard Gelinas on September 14th, 2014
    De Bernardino Parenzano (1494)

    De Bernardino Parenzano (1494)

     

    Je le précise d’entrée de jeu, il est extrêmement rare que j’aie un samedi de congé, hormis durant mes quelques semaines de vacances annuelles. Toutefois, quel ne fut pas mon bonheur de recevoir un congé inattendu de la part de mon patron samedi dernier, ce qui me permettrait d’aller écumer certains des nombreux évènements musicaux qui auraient lieu ce jour-là pour vous les rapporter avec mon enthousiasme métallique habituel.

    Après un levé tardif en début d’après-midi, ma tigresse d’acier et moi nous ravitaillâmes tout en consultant l’horaire métallique de la journée pour choisir le ou les évènements incontournables de la journée. Aussitôt, notre choix se porta sur la venue d’Arsis au Dagobert, auquel participeraient, entre autres, les brutes locales d’Inextalis, très heureux et excités de faire partie d’un alignement axé sur la virtuosité. Cependant, nous ne pouvions pas non plus ignorer le deuxième jour du Québec Metalfest, organisé par le sympathique Fred End, à la Salle Unisson qui accueillait, à partir de l’après-midi, une panoplie de groupes de diverses déclinaisons du Métal. C’est donc avec plaisir que nous décidâmes de combiner les deux évènements dans une journée consacrée à la débauche métallique.

    Tout d’abord, nous prîmes donc la direction de la Salle Unisson vers 14 h30 où nous fûmes agréablement surpris par la présence de quelques dizaines de métalleux à cette heure pourtant si précoce de la journée. Sur place, nous fûmes informés que le premier groupe de la journée, Metalord, avait annulé sa présence et c’était donc Phoenix In Flames de Trois-Rivières  qui s’exécutait sur scène avec un mélange réussi et efficace de Hard Rock et de Heavy Metal. Avec une présence scénique toute en assurance et un jeu d’ensemble cohérent, le groupe captiva l’attention des quelques spectateurs déjà festifs de l’endroit. Le tout me sembla avoir bien du potentiel avec la dernière pièce de leur tour de chant qui me rappela les Power-ballades très efficaces du groupe américain Iced Earth.

    Après une courte pause, ce fut au tour de Crashing Lights de Québec de venir exécuter son Hard Rock/ Metal à saveur disons-le commerciale devant une salle curieusement plus vide que pendant la prestation du premier groupe. Pendant leur court passage sur scène, je découvris un groupe au talent certain avec une musique accrocheuse et dont l’accessibilité pourrait facilement être qualifiée de radiophonique, mais qui manque quelque peu d’originalité pour se distinguer de la masse des groupes du genre. Qu’à cela ne tienne, le groupe termina habilement son tour de chant avec une sympathique reprise de “(You Gotta) Fight for Your Right (To Party!)” des Beastie Boys.

    Une autre petite pause et c’était maintenant à Rusted de Montréal de venir nous présenter son Hard Rock/Glam Metal tout droit sorti des années 1980 et de leurs joyeux excès. Le groupe écume les scènes depuis un bon moment déjà et c’est avec bonheur que je découvris le talent scénique du groupe pour la première fois. En effet, devant une foule modérée en nombre, mais très enthousiaste et compacte, le groupe nous livra une prestation endiablée et extrêmement énergique. La musique du groupe, conçue pour la scène et répliquant avec brio et efficacité tous les clichés du genre, sut faire lever la foule très festive qui en redemandait à la fin. Rusted atteint donc l’objectif difficile de vraiment réchauffer un public Métal en milieu d’après-midi!

    Une autre pause et c’était maintenant non seulement à un changement de groupe auquel on aurait droit, mais aussi à un changement total de genre avec la montée sur scène du trio de Black Metal appelé Neurasthene, originaire de Québec. Aussitôt, le groupe nous attaqua avec sa musique sombre aux relents infernaux de Black Metal de la seconde vague et d’une certaine influence Thrash noircie des années 1980. Efficace, malsaine et dynamique, la prestation fut menée avec violence et efficacité par Fix (guitare et voix) et ses acolytes V20 (basse) et Gespeg (batterie). Ce fut donc un excellent moment de Black Metal et à en juger par les réactions intéressées des spectateurs, le groupe atteint pleinement son but.

    Suite à la prestation de Neurasthene, ma délicieuse métalleuse et moi devions maintenant nous déplacer vers la Haute-Ville pour assister à la venue d’Arsis au Dagobert, organisée par District 7. Après un court ravitaillement au Snack Bar de la rue Saint-Jean, nous prîmes la direction de la Grande-Allée et de sa population superficielle pour arriver au Dagobert quelques minutes avant le début du spectacle à 19 h 10. Sur place nous bénéficiâmes de l’accès à la salle fourni gracieusement par Karl-Emmanuel Picard de District 7 (un gros merci!) et nous rencontrâmes immédiatement Stéphane Demers, photographe attitré à la soirée pour Ondes Chocs. Aussitôt, mon premier constat fut la très faible population de la salle, probablement un résultat de la concurrence d’une multitude d’évènements musicaux tenus à Québec ce jour-là, notamment celle du Festival Envol et Macadam, du Québec Metalfest XI et du Parkinson Blues entre autres. Après avoir pris le temps de saluer et de converser brièvement avec les membres d’Inextalis, Raft of the Medusa de Québec s’installa sur scène pour entamer les hostilités.

    Avec un nom inspiré d’une célèbre tragédie maritime et du tableau «Le radeau de la Méduse» de Géricault qui en fut inspiré, le groupe a vécu beaucoup de changements de nom et de membres depuis ses débuts en 2010 avant que la formation ne se stabilise avec l’arrivée récente d’Anthony Caron au chant et de Xander D. Drouin à la batterie. Leur musique est un Deathcore influencé par The Black Dalhia Murder qui contient heureusement (pour moi) beaucoup plus de Death Metal que de «breakdowns» dont les groupes en suffixe «core» sont littéralement infestés par les temps qui courent. Sur scène, le groupe livra une très courte prestation extrêmement solide et intéressante sur le plan musical, peinant cependant à faire lever la mince assistance qui semblait endormie. Cela m’emmène malheureusement à souligner le caractère plutôt statique et réservé des musiciens sur scène qui n’arrangea rien à cet effet, hormis quelques interventions plutôt laconiques du chanteur pour souligner leur plaisir de se produire avec Arsis. En somme, ce fut une prestation honnête et intéressante sur le plan musical, mais le groupe aurait avantage à être un peu plus dynamique sur scène.

    Après un très court entracte, c’était maintenant à Inextalis de prendre la scène d’assaut avec son Death Metal progressif aux multiples influences. Originaire de Québec, la formation composée de vétérans qui s’appuient sur l’héritage laissé par Amnesia dans les années 1990-2000, s’est taillée une place de choix sur la scène locale avec son excellent premier album appelé «Catatonic Universe» (2013) qui présente une musique variée et élaborée combinant Death Metal, Thrash Metal à des touches de Power Metal et même de Black Metal. Devant une foule toujours maigre, mais un peu plus énergique, le groupe entama sa vingtaine de minutes de prestation avec un dynamisme débordant et une puissance sans retenue. Le charisme débordant de Pascal «Dark» Gagnon (chant) et la performance mouvementée et précise d’Éric Bédard (guitare), Michaël Simard (basse) et Kevin Ouellet (guitare, chant clair) furent sans doute le meilleur moment de la soirée pour moi, ce qui allait se confirmer avec le passage des trois groupes suivant.

    Une autre courte pause et c’était maintenant aux Californiens d’Exmortus de venir nous présenter leur matériel. D’entrée de jeu, j’avais mes réserves face à ce groupe qui semble susciter un engouement démesuré chez plusieurs métalleux. En effet, je les avais vus en première partie de Dark Tranquillity il y a quelques mois et bien que leur performance scénique endiablée et la virtuosité, disons-le, époustouflante de leurs guitaristes m’aient impressionné, leur Death/Thrash Metal néo-classique construite sur des solos afin d’exacerber seulement ladite virtuosité des guitares m’avait laissé plutôt perplexe. C’est très subjectif de ma part, mais je n’ai jamais été un fanatique de «guitar heroes», car leurs pièces sont souvent seulement des prétextes à la masturbation musicale plutôt que de vraies pièces musicales solidement construites sur un ensemble cohérent et efficace. Sur scène, le groupe fut encore une fois sans faille dans la livraison musicale de son matériel et très énergique, ce qui réveilla la foule peu nombreuse jusqu’ici très tranquille qui semblait époustouflée par Exmortus et maintenant mieux garnie. Quant à moi je fus peu diverti par les pièces qui finissent par toutes se ressembler puisqu’elles sont principalement composées de solos dans les mêmes gammes et de paroles très accessoires et à la livraison râpeuse très ordinaire de Jadran «Conan» Gonzalez (guitare et vocal) qui s’illustre plus, encore une fois, par ses solos. Tout comme les deux groupes précédents, leur prestation fut plutôt courte et s’acheva sous les acclamations de foule, ce fut donc tout de même une mission accomplie pour la bande de Whittier.

    Suite à un autre très court entracte, c’était maintenant à Allegaeon, du Colorado, de venir nous présenter leur Death Metal mélodique/technique de facture très moderne et léchée. Ne connaissant le groupe que de nom et de genre, je fus impressionné par les prouesses techniques et les mélodies très particulières développées par le quintette. Les deux  guitaristes s’illustrèrent notamment par leurs motifs très originaux et le chanteur Ezra Haynes avec sa présence charismatique et sa façon de bouger très particulière. Le groupe nous fit aussi démonstration de son  humour particulier lorsqu’un membre de son entourage fit une apparition sur scène, vêtu d’un costume de crabe. La foule modeste sembla grandement apprécier la courte prestation du groupe. La seule critique que je pourrais faire à trait au jeu du batteur Brandon Park qui ne semble pas toujours suivre les mélodies développées par le reste du groupe et y va d’une approche un peu trop carrée et clinique à mon goût. En somme, ce fut donc une excellente prestation de la part d’Allegaeon dont je devrai découvrir la musique de manière plus approfondie.

    Une dernière petite pause et un peu passé 22 h, Arsis commença son spectacle après une courte adresse de James Malone (guitare et voix) au public du Dagobert. Cela faisait plusieurs années déjà que j’avais vu Arsis en spectacle et j’étais heureux de revoir cette formation de Death Metal mélodique et technique qui m’avait tant impressionné jadis par son talent musical hors du commun. En effet, ce groupe s’était taillé une place enviable dans mes choix de métalleux, il y a dix ans avec l’album «A Celebration of Guilt» (2004) qui amenait un vent de fraîcheur sur un genre qui commençait à s’épuiser quelque peu. Cependant, le groupe avait opéré un changement assez discutable vers un son beaucoup plus accessible et mélodique avec «Starve For the Devil» (2010), un album que je n’avais pas détesté, mais qui eut une longévité limitée dans ma liste d’écoute. L’an passé le groupe nous revenait avec «Unwelcome» (2013) un album qui continuait dans la même veine que le précédent, tout en étant cruellement plus générique et remâché, c’est-à-dire un Detah mélodique infusé de Hard Rock des années 1980. C’est donc avec circonspection que j’accueillis la prestation d’Arsis qui nous gratifia d’une performance impeccable et impressionnante sur le plan musical, notamment de Shawn Priest derrière sa batterie et du virtuose en chef James Malone. Toutefois, je fus moins convaincu par la sélection de pièces du groupe qui laissa plusieurs de leurs meilleures pièces du passé de côté pour se concentrer sur leurs derniers opus plus génériques et ennuyants. Les spectateurs quant à eux semblèrent bien s’amuser en majorité quoique plusieurs d’entre eux restèrent assis dans les banquettes du bar sans broncher. Après un peu plus de cinquante minutes de prestation, le groupe dut se retirer de scène sous les acclamations de ses fanatiques vers 23 h pour laisser place à un spectacle de musique acoustique.

    En somme, notre passage au Dagobert nous permit d’assister à un spectacle en dents de scie, dont Inextalis sorti gagnant à mon avis. En effet, malgré le professionnalisme et le talent musical indéniable de toutes les formations présentes pour ce spectacle, c’est eux qui brillèrent le plus pour moi avec le parfait mélange d’énergie, de talent et d’une sélection musicale très bien adaptée à leur court temps de scène. Je me dois aussi de noter la faible assistance qui me fit penser que le spectacle aurait pu être tenu dans une salle plus intime et plus adaptée aux goûts des métalleux que le Dagobert qui a une ambiance plus guindée et une configuration de salle compartimentée peu propice à une ambiance métallique. Enfin, il est tout à l’honneur de District 7 d’avoir invité deux groupes locaux sur ce spectacle, mais il est un peu décevant pour lesdits groupes d’être contraints de ne jouer qu’une vingtaine de minutes par un horaire de soirée très serré. Pour notre part, toutefois, la soirée n’était pas terminée et nous reprîmes la direction de la Salle Unisson pour assister aux dernières prestations du Québec Metalfest XI.

    De retour dans ce lieu de débauche métallique par excellence environ quinze minutes après notre départ du Dagobert, nous pûmes constater deux choses:

    1) L’ambiance était beaucoup plus survoltée qu’au Dagobert et la foule était plus nombreuse.

    2) La soirée avait pris un bon retard et cela nous permit d’arriver justes avant le début de la prestation de Nordheim qui aurait dû avoir terminé à cette heure selon l’horaire prévu de la journée.

    C’est donc avec joie que je pus assister à la prestation de Waraxe et sa bande dont les spectacles sont toujours aussi énergiques, puissants, comiques et festifs. Celui-ci ne fit pas exception à la règle pour le groupe de Folk Metal qui y alla toujours d’une représentation marquée par l’humour de son guitariste chanteur et la livraison solide et dynamique de ses titres tous plus festifs les uns que les autres. Le groupe qui nous présentait aussi un nouveau claviériste et qui ne figure pas encore sur leur page Facebook(?), termina sa courte prestation sous les acclamations des nombreux spectateurs qui en redemandaient. Le groupe dut toutefois tirer sa révérence pour laisser place à Kaotik.

    Avec son Death Metal de la vieille école composé avec brio et interprété de manière on ne peut plus solide, la troupe de Québec suscita immédiatement les réactions positives des spectateurs éméchés. D’une efficacité redoutable, les pièces de l’album «Starving Death» (2012) et du nouvel opus fraîchement enregistré qui devrait être sorti dans les prochains mois firent mouche à tout coup devant un parterre très agité. La représentation du groupe fut si efficace et solide qu’elle sembla passer terriblement trop vite. Tellement, que lorsque Fred End monta sur scène pour indiquer au groupe qu’il ne lui restait de temps que pour une ultime pièce, un frisson de déception passa dans la foule qui en aurait désiré plus. Cependant, la soirée avait déjà pris beaucoup de retard et il restait encore les Torontois de Skull Fist au programme et un «after party» mené par Folk You, alors les membres de Kaotik n’insistèrent point et se retirèrent après ladite dernière pièce.

    C’est donc à une heure où l’on ne soucie plus de quelle heure il est que Skull Fist firent leur apparition dans la salle, accompagnés de deux entités pornographiques, fantasmes masculins métalliques incarnés par une jolie blonde et une rousse incandescente. Avec leur Heavy/Speed Metal tout droit sorti des années 1980, le groupe provoqua encore une fois l’hystérie dans la salle avec ses pièces qui ont tout ce que les fanatiques de la vieille école du Metal souhaitent: Motifs de guitare entraînants, solos tranchants, chant haut perché et présence charismatique ultradynamique. Le tout fut donc hautement divertissant et l’ambiance dans la salle n’en fut qu’encore plus folle, si une telle chose est possible. Le groupe termina donc sa prestation peu avant 3h du matin devant une foule d’ivrognes complètement déchaînés dont certains avaient dépassé les 48 heures de brosse dans une salle à la température suffocante.

    C’est donc avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles que nous rentrâmes de cette journée dédiée à la débauche métallique avant «l’after party» prévu à l’horaire, puisque je devais rentrer au travail le lendemain matin. Le Québec Metalfest XI m’aura permis de constater à quel point certains lieux, comme la Salle Unisson, sont mieux adaptés que d’autres, tels que le Dagobert, pour permettre à une ambiance survoltée propice à une soirée d’éclate métallique de s’installer, malgré leur apparence moins attrayante que d’autres. De plus, cette soirée m’a confirmé une fois de plus que ce sont souvent les artistes locaux et les artistes plus souterrains qui donnent les spectacles les plus enlevants et les plus divertissants. En terminant, je désire remercier Fred End pour ce onzième Metalfest à Québec et Karl-Emmanuel Picard de District 7 pour l’accès au Dagobert pour le spectacle de Arsis.

    Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

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