• Discussions Métal – 3e Édition

    Posted by Dave Rouleau on May 18th, 2013

     

    Voici la 2e édition de “Discussions Métal“, une table ronde d’intervenants de la scène métal du Québec qui répondent par écrit à deux questions que j’ai préparé.  Les questions et leurs réponses sont présentées ci-dessous dans l’ordre et on vous invite ensuite à débattre des réponses dans la section commentaire ci-dessous. La première édition de cette table ronde est disponible ici.

    Je dois avouer qu’en ouvrant les réponses des participants, j’ai beaucoup aimé le “T’es as les questions toé crisse” de Steve Dallaire, ça a fait ma journée, mais c’était aussi AVANT de lire les réponses de notre panel!  J’aimerais d’ailleurs le remercier ce “Board of Devils” d’avoir prit le temps de répondre à mes questions, et ce dans un laps de temps très court… YOU RULE!!!!

     

    THE BOARD OF DEVILS

     

    Yanick TremblayBangBangBlog/MusikUniverse

    Steve DallaireBoulevard Brutal

    Matt ButcherAlcoholator

     

    Question #1: Une nouvelle tendance se dessine dans l’industrie de la musique: les bands sollicitent leurs fans AVANT l’enregistrement d’un album pour pouvoir amasser de l’argent nécessaire à ce processus. Vous en pensez quoi?

     

    Steve Dallaire: La première fois que j’ai vu un tel phénomène, c’était le groupe Marillion avec l’album “Anoraknophobia” en 2001. 12 500 fans avaient répondu à l’appel et leurs noms étaient inscrits à l’intérieur de la pochette de l’édition limitée. Je trouvais ça cool, mais même en fan fini du groupe que je suis, j’ai laissé faire. La raison? Je fais de la musique moi-même depuis des années et je n’ai jamais quêter à personne pour en faire. Je trouve ça presque insultant. Si demain matin ça me tente d’ouvrir un dépanneur au coin de ma rue, est-ce que je vais me mettre à écoeurer mes chums pour qu’ils me donnent du cash pour m’établir? Non. Ils vont tous m’envoyer chier. Un groupe est comme une entreprise, tu fais de la business ou t’en fais pas. Si t’as pas de cash, reste chez-vous. Tu veux du financement, imprime-toi des t-shirts, des bobettes avec ton nom de band dessus pis fais des shows, crisse. Investis les profits dans ton groupe au lieu de t’acheter de la bière. Là on est rendu avec AC/DC qui veut 10 000$ pour réparer la statue de Bon Scott et Sepultura qui veut de l’argent pour sortir son documentaire… Ridicule.

     

    Yanick Tremblay: Un téléthon mais sans véritable cause comme la guérison d’une maladie incurable ou creuser un puits en Éthiopie, c’est ça? Écoute, l’effort est louable mais il ne faut pas se leurrer : De nombreuses personnes doivent donner un 10$ en espérant avoir leur nom dans la liste de remerciements, c’est certain. Mais quand on y repense, en tant que fanatique de musique, le processus peut plaire, mais sommes nous en présence de l’état de compte du groupe? Savons-nous vraiment comment chaque dollar sera investi? Cette question demeure un brin éternelle, le sujet est encore tellement nouveau. Il est certain qu’à un moment donné, un scandale en relation avec ce type de sollicitation éclatera au grand jour, éclaboussant tel ou tel groupe. Je préfère de loin, les efforts des groupes qui y vont de sueur et de sang avec les moyens qui sont à leurs dispositions pour parvenir à leur objectif, un peu à l’image du nouveau EP de Fuck the Facts « Amer » qui est lancé à même les poches du groupe.

    Est-ce un moyen de regrouper les dollars perdus face au téléchargement illégal? Je ne crois pas. Est-ce un moyen d’impliquer l’amateur dans le processus? Oui, probablement. C’est au même niveau que le système de votation des téléréalités : Tu participes si tu en as le goût. Sinon, tu passes ton tour et tu changes de fréquence!

     

    Matt Butcher: Je ne suis pas vraiment pour cette tendance… Ça fait plusieurs années que ce systeme existe, la première fois que j’en avais entendu parler c’étais avec un vieux groupe thrash des années 80 dont j’oublie le nom, il me semble que c’étais Whiplash. Ils demandaient un gros montant pour enregistrer leur album et j’avais percu ça un peu comme un cri de désespoir. Le concept de base est une bonne idée, mais je trouve que le fait d’utiliser ça pour un album projette une image un peu négative, et c’est quelque chose que personnellement je n’utiliserais jamais pour financer un album. Par contre, une chose que j’avais trouvé intéressante, le groupe Lich King du Massachusetts avaient fait une campagne semblable il y a quelques années pour s’acheter une van de tournée et aller jouer pour tout leur fans qui leur demandaient de tourner incessamment. Pour une cause comme celle-là, je trouve ça plus légitime comme concept. Donc il y a du bon et du mauvais à mes yeux, mais pour ceux à qui ça profite tant mieux pour vous!

     

     

    Question #2: Si vous étiez un promoteur de shows métal au Québec, que feriez-vous de différent de ce qui fait présentement pour assurer le bon fonctionnement de votre ou vos évènements? (promo, activités, bands, salle, argent, etc).

     

    Steve Dallaire: J’ai organisé quelques concerts et il n’y a pas de solutions miracles. Il faut que tu travailles avec plein de gens et ce n’est pas toujours évident de satisfaire tout le monde. Personnellement, et là je parle en région, mets un band local sur l’affiche. Ça peut paraître anodin comme geste mais ça demeure essentiel. Ce band local va te faire de la promo gratuitement car il veut avoir le plus de gens possible pour voir leur prestation avec un groupe important. Tu vas ramasser plein de monde qui ne serait probablement pas venu sinon, genre Matante Jocelyne pis ton cousin louche qui passe des heures derrière les portes battantes au club vidéo. On s’en fout, ils vont payer leurs billets comme tous les autres. En tant que promoteur, ça démontre aussi que tu te soucies de la scène locale. Street cred motherfuker. Règle très importante, ne pas prendre les fans de métal pour des épais. Certains dépensent une semaine de paie pour voir ton show, alors traite-les avec respect. Ça prend de la passion pour devenir un promoteur de shows métal, pas juste l’ambition de faire une cenne. Intéragis le plus possible avec les gens sur les réseaux sociaux. Implique les bands dans ton événement, organise des concours, etc… Pis quand les gens te posent des questions sur Facebook ou Twitter, prends le temps de répondre baptême, ça prend trente secondes. Street cred motherfuker. Crée des partenariats avec des sites comme Boulevard Brutal et Ondes Chocs, c’est de la belle promo pas chère et tu rejoins directement ton public cible. Finalement, et là je parle encore pour les régions, les médias se fendent le cul pour trouver de quoi à parler, alors contacte-les et parle de ton événement, tu vas te retrouver dans toutes les stations de radios et journaux locaux. Encore une fois de la promo peu dispendieuse. Mais si il y a un mot important dans tout ce que je viens d’écrire, c’est passion. Pis street cred motherfuker aussi. Mais ça c’est trois mots. Je suis fourré osti.

     

    Yanick Tremblay: Si j’étais promoteur de métal émergeant au Québec, j’imagine que cela veut dire en région car le marché montréalais et celui de Québec est déjà bien établi. Le but est d’attirer les gens à tes concerts, il est évident qu’à la base, j’essaie de me trouver des salles de type « tous les âges » pour pouvoir maximiser le nombre d’entrées, ce qui est un arme à double tranchant étant donné qu’en général, les gens en haut de 18 ans aiment bien siroter une bonne bière.

    Mais pour ce qui est des nananes qui permettent d’attirer les foules, j’irais avec un système plutôt simple dans un sens. J’offrirais un système due diffusion en direct vidéo qui retransmettrait les images du concert en direct sur le web, question de mettre l’eau à la bouche aux gens à la maison. Ces derniers risquent peut-être de se décider à la dernière seconde pour participer à l’évènement ou peut-être lors du prochain évènement. Avec le prix du billet, j’inclus un téléchargement de l’album de l’artiste en tête d’affiche et/ou de tous les groupes.

    Ce n’est pas mon domaine d’expertise, mais cela me semble faisable avec un certain investissement!

     

    Matt Butcher:  Je crois que la scène Montréalaise en ce moment est généralement en santé. Nous avons droit à beaucoup de bons shows et à une bonne ouverture de style. Je ne sais pas vraiment ce que je changerais, sinon au niveau de la rémunération des groupes. Pour ceux qui ne savent pas, jouer de la musique c’est pas seulement arriver le soir du show et jouer une demi-heure. Jouer de la musique, c’est des années de pratique, des milliers de dollars d’investissement, autant sur les instruments que sur la location d’un local de pratique et du transport.  Aussi, la plupart des membres de groupe locaux ont des emplois à temps plein, donc généralement aller faire des shows implique prendre un congé, donc plus de perte d’argent. À la fin de la soirée avec combien d’argent est-ce que le membre d’un groupe heavy metal moyen reçoit? Généralement 0$ et il a probablement dépensé le reste de sa minable paye de la semaine précédente en bière, en pizza et en poutine au courrant de la soirée.

    Le problème se trouve à la base, les fans n’ont pas beaucoup d’argent non plus et sont habitués à payer 10$ ou moin pour voir des groupes locaux. Du côté des promoteurs, c’est difficile de payer tous les groupes convenablement quand le profit total d’une soirée s’additionne autour de 500$ AVANT d’avoir payé les groupes. Ça laisse une paye mince pour tout le monde et un goût amer dans la bouche que seule la passion démesurée que nous avons pour ce que l’on fait peut rincer.

    Pourquoi est-ce qu’un fan d’Iron Maiden est prêt à payer 25$ pour un hommage à son groupe favori, mais cette même personne, qui adore Reanimator n’est pas prêt à payer 15 ou 20 dollar pour les voir sur un show local avec trois excellents bands supplémentaires qui écrivent leur matériel original et qui méritent 100 fois plus l’appui et l’argent des gens qu’une simple simulation nostalgique d’un groupe encore actif?

6 Responses to “Discussions Métal – 3e Édition”

  1. Paco says:

    Le band metalcore prog Protest The Hero ont fait une campagne de financement qui incluait non seulement l’album avec un remerciement, mais d’autre ”perks” (shirts, ouatté, vinyl, etc jusqu’a pouvoir aller chanter sur l’album). Les gars ont parlé des ”risques” de payer pour ça (marchandise non-livrée etc.) mais Protest avait un objectif de 125’000$, et ils ont quand même réussi à avoir 340’000. Je sais pas vous mais, ça fait de l’argent en $/”!/$%”$ de /$%?%$&* pour un album. C’est donc avec l’arrivée des médias sociaux probablement une meilleure idée que dans le temps.

  2. pascal says:

    je suis tout a fais daccord avec le dernier point de vue de matt butcher les bands tributes sa aide pas les bands a compos et la il faut ouvrir pour eux si on veux un peux de visibilité et c est pas evident d avoir sa petite place

  3. Xavier says:

    Richard Desjardins avait obtenu 10$ de quelques centaines de personnes pour pouvoir enregistrer son deuxième album “Tu m’aimes-tu”, paru en 1990 et qui est devenu un gros succès qui l’a définitivement fait connaître de tout le monde au Québec.

    Je crois que c’est pas une mauvaise idée.

  4. Matt Butcher says:

    Je ne dis pas que le concept est une mauvaise idée, et tant mieux si ça fonctionne pour certain, mais personnellement je trouverais ça étrange d’aller quêter de l’argent à mes fans avant même qu’ils ait quelque idée que ce soit de ce que je vais sortir avec leur argent. Et moi-même, je ne donnerais pas mon argent aveuglement comme ça. Pour que j’achète un album, je dois en avoir entendu un extrait soit live ou un single sur le web que j’ai vraiment aimé.

    Une autre chose que j’ai trouvé plutôt étrange dernièrement, j’ai vu que Earache Records, un label bien établi depuis les années 80, sollicite l’aide du publique pour sortir un re-issue d’un album. Là ça je trouve que ça ne passe pas. Le label va se faire financer les coûts d’impression, EN PLUS se faire du cash avec ça. En prenant en considération toute les histoires d’horreur que j’ai entendu d’amis dans la scène qui sont, ou on été signés sur Earache au paravant, le respect que j’ai déjà eu pour cette compagnie descend de plus en plus et s’approche très vite du zero. Une chance qu’ils ont sorti plusieurs albums que j’apprécie dans le passé…

  5. Matt Butcher says:

    Voici un article en anglais assez intéressant sur le sujet
    http://www.avclub.com/articles/the-crowdfunding-conundrum-the-line-between-bringi,97910/

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